J’ai des pensées contrastées.
La vie d’artiste est souvent agrémentée de randonnées de montagne. Lorsque l’on arrive au sommet, la vue est belle et l’esprit s’éclaircit. La pensée limpide, la confiance à toute épreuve. Mais pour vivre plus facilement, il est plus sage de redescendre dans la vallée. C’est chouette aussi la vallée. On est plus dans le quotidien mais ça permet de faire des projets à long terme, d’envisager les choses les pieds bien ancrés dans le sol.
Je pensais me limiter à l’essentiel : une guitare, une voix. Une mélodie bien enroulée et un texte qui se cherche, le tout emballé dans une jolie couleur harmonique. J’ai écouté Kings of Convenience et me suis dit que c’était possible, que j’avais le droit de faire une musique qui me semblait juste belle. J’ai écouté The Innocence Mission et j’ai conforté mes émotions. Non, ce n’est pas grave si chaque chanson est mélancolique.
Puis j’ai vu Bon Iver en trio. C’est beau aussi, Bon Iver. Ces trois voix, ce crescendo, cette émotion. C’est fort.
Je me suis dit qu’il y avait aussi un sens à ne plus rester seul, à trouver des musiciens, des gens qui feraient vivre mes morceaux au-delà de leurs quatre murs. Cela me semblait enfin possible, j’en avais envie.
Et j’ai écouté Sam Amidon et j’ai eu envie de complexifier le tout. Garder les chansons simples en les enrobant de caramels mous qui restent longtemps coincés dans les molaires.
Avant-hier, j’ai écouté Matthieu Saglio. Et je me suis dit qu’il y avait encore tant de choses excitantes à faire seul avec des boucles.
Et hier. Je sentais le bout de mes doigts qui n’avaient, je pense, pas touché des cordes depuis un mois… Si je voulais jouer avec d’autres personnes, peut-être faudrait-il que j’arrive d’abord à jouer avec moi-même.
J’ai des chansons. Elles sont neuves, elles sont belles. Elles sont mélancoliques selon certains. Elles parlent du quotidien dans toute son extraordinaire banalité / de l’extraordinaire qui est banalisé par le quotidien.
Mon deuxième album sera donc proche de ce que je suis. Probablement contrasté en fonction de ce que l’année qui démarre m’apportera…


